L'industrie spatiale française est une structure complexe et intégrée, souvent décrite en segments "amont" (upstream), "milieu" (midstream) et "aval" (downstream). Cette segmentation permet de comprendre la chaîne de valeur complète, depuis la conception des systèmes spatiaux jusqu'à leur utilisation concrète au service de la société. Cette analyse se penche sur les trois piliers de cette industrie : les systèmes de lancement, la fabrication de satellites et les applications en aval.
1. Systèmes de Lancement et Infrastructure
Ce segment constitue la fondation de l'autonomie stratégique d'accès à l'espace. Il comprend le développement, la production et l'exploitation des lanceurs, ainsi que la maintenance de l'infrastructure au sol indispensable.
- Développement des lanceurs : La France, via sa participation majeure dans ArianeGroup, est le chef de file du programme de lanceurs européens Ariane. Ce rôle inclut la conception des nouvelles générations de fusées (comme Ariane 6) pour répondre à l'évolution du marché des lancements, en cherchant à améliorer la compétitivité et la modularité.
- Production et assemblage : La chaîne de production est répartie sur plusieurs sites en France et en Europe, impliquant un vaste réseau de sous-traitants spécialisés dans les moteurs, les structures, l'avionique et les systèmes cryogéniques.
- Infrastructure au sol : Le Centre Spatial Guyanais (CSG) à Kourou est un atout stratégique majeur. Sa position équatoriale offre un avantage physique pour les lancements. La maintenance et la modernisation de cette base de lancement sont des activités continues et vitales.
2. Fabrication de Satellites (Segment Amont)
La France abrite deux des plus grands fabricants de satellites au monde, Airbus Defence and Space et Thales Alenia Space. Ce segment est caractérisé par une très haute technicité et une grande diversité de missions.
- Satellites d'observation de la Terre : Pour des applications civiles (surveillance du climat, agriculture, gestion des catastrophes avec le programme Copernicus) et de défense (renseignement). La France possède une expertise reconnue dans les instruments optiques de haute résolution.
- Satellites de télécommunications : Essentiels pour la diffusion de la télévision, l'accès à internet haut débit et les communications gouvernementales sécurisées. Ce marché est très concurrentiel et pousse à l'innovation constante (constellations, satellites reconfigurables).
- Satellites scientifiques et d'exploration : Développés en étroite collaboration avec le CNES et l'ESA pour des missions d'étude de l'univers, de la physique fondamentale ou de l'exploration du système solaire.
- Satellites de navigation : La France est un contributeur clé au système européen Galileo, qui assure une alternative souveraine au GPS américain.
3. Applications et Services en aval (Segment Aval)
C'est le segment où la valeur des données spatiales se concrétise. Il représente un potentiel de croissance économique majeur et touche de très nombreux secteurs de la société. Ce segment relie l'espace à l'utilisateur final.
- Navigation et positionnement : Les données de Galileo sont utilisées dans les transports (aérien, maritime, terrestre), l'agriculture de précision, la logistique et les applications grand public sur smartphone.
- Météorologie : Les satellites de Météosat, développés sous l'égide d'EUMETSAT avec une forte contribution française, sont indispensables pour les prévisions météorologiques qui ont un impact sur la sécurité et l'économie.
- Gestion de l'environnement : Les données d'observation de la Terre permettent de suivre la déforestation, la montée des eaux, la pollution de l'air et d'optimiser la gestion des ressources en eau.
- Défense et sécurité : Les capacités de renseignement, de communication sécurisée et de surveillance sont des applications critiques pour la souveraineté nationale.
La liaison entre ces trois segments est fondamentale. Un segment amont robuste (lanceurs, satellites) est la condition sine qua non à l'existence d'un segment aval innovant et compétitif. La politique spatiale française vise précisément à maintenir la cohérence et la performance de l'ensemble de cette chaîne de valeur industrielle.